You are here

Jacques Harel, CEO de Birger: « Maurice a le potentiel pour devenir le coffre-fort informatique de l’Afrique »

Revenant sur le rebranding de Blanche Birger – devenue Birger –, Jacques Harel estime que Maurice a l’infrastructure et la logistique informatique nécessaires pour stocker des données hautement stratégiques et confidentielles.


Après plus de 60 ans de présence, Blanche Birger – aujourd’hui Birger – passe à une nouvelle étape de son développement en se livrant à un important exercice de rebranding. Quelle est la rationalité de ce changement stratégique?
Disons que notre nouvelle identité est l’aboutissement de la transformation stratégique de notre entreprise. C’est aussi une belle récompense pour nous, car cela met fin à notre réorganisation interne que nous avons enclenchée en 2010.

Birger, qui est dorénavant notre nouvelle image de marque, est annonciatrice d’une nouvelle étape pour notre entreprise. Le choix de ce nouveau nom rend, d’une part, hommage à notre fondateur Isia Birger qui a été un entrepreneur visionnaire dans plusieurs industries de notre économie et, d’autre part, il renforce l’engagement des actionnaires de la famille Birger dans l’entreprise.

Dans quelle mesure, ce rebranding va­‐t‐il aider Birger à se positionner dans votre créneau d’activité, soit dans le service d’ingénierie informatique à Maurice et dans l’océan Indien ?
Birger a certainement l’ambition de capitaliser sur sa position dominante dans la région, sur sa capacité d’innover et sur sa culture d’entreprise axée sur le service, acquise durant les six dernières décennies. Cela, afin de continuer à poursuivre son développement et de pérenniser sa position de première société dans l’ingénierie informatique dans la région, celle‐ci s’étendant de l’Asie à l’Afrique en passant par l’océan Indien. Nous considérons que ce développement régional est une évolution naturelle, ayant toujours été très présente dans la région depuis la création de l’entreprise.

Doit‐on comprendre que la réorganisation de l’entreprise porte aussi sur sa nouvelle structure opérationnelle?
Tout à fait. Car un des objectifs clés de la réorganisation de l’entreprise aura été de transformer sa structure traditionnelle hiérarchisée au profit de celle qui soit plus horizontale, beaucoup plus souple et agile avec la création de divisions stratégiques ou dites «Business Unit» afin de concentrer les activités dans nos huit métiers liés à la technologie.

Ceux‐ci vont de la monétique aux infrastructures d’entreprises en passant par les réseaux et la sécurité informatique, l’intégration et le développement de logiciels, les solutions de copies et d’impressions ; les solutions sécurisées ; l’externalisation des services informatiques ou encore l’hébergement des systèmes.

Il faut dire aussi que la nouvelle configuration, qui est en place depuis quelques années, a permis à de jeunes cadres de prendre la direction de certains départements et de répondre directement au Chief Executive Officer. Ainsi, ces cadres intermédiaires ont une visibilité complète de leur métier : de l’identification des besoins du client au service après‐vente, en passant par la commercialisation des solutions technologiques. Parallèlement, nous proposons à tous les cadres de l’entreprise de suivre des cours de formation en gestion au Charles Telfair Institute. La dernière promotion de stagiaires a eu lieu l’année dernière. Cette formation en gestion vient compléter leur bagage technique.

Les valeurs de l’entreprise et la philosophie opérationnelle sont aussi à la base de cette nouvelle structure et offrent certains avantages. Lesquels ?
Je pense particulièrement à une certaine forme de spécialisation où chaque employé est spécialiste dans son domaine et sa zone de responsabilité, ce qui rend du reste chaque division stratégique autonome et responsable des solutions et services proposés. Mais aussi à une communication efficace et une interaction énergique entre les divisions et la direction, ce qui permet à ces Business Units d’être davantage à l’écoute de nos clients et d’améliorer la flexibilité d’action ; et enfin à l’esprit d’entrepreneuriat en s’appuyant sur une culture d’entreprise qui encourage chaque employé à planifier et gérer sa carrière professionnelle avec pour principal objectif de pouvoir répondre à l’attente du client jusqu’à même la dépasser.

Vous insistez sur l’innovation de Birger et sur son statut de société pionnière dans le service d’ingénierie informatique. Quel a été son parcours durant ces 60 ans ?
Sans le vouloir, Blanche Birger est présente dans le quotidien de tous les Mauriciens, le plus souvent à leur insu, depuis ses débuts. Nos pères fondateurs étaient deux expatriés : un Lituanien et un Français pour lesquels la survie de l’entreprise qu’ils créaient en territoire étranger passait par l’innovation.

Peut‐être que personne ne le sait. Blanche Birger a démarré ses activités dans les années 50 comme un comptoir d’achat où est basé actuellement l’Optique Mathieu. À l’époque, la société s’engageait dans le commerce d’huile, dans la papeterie ou encore dans la vente de bouteilles de champagne.

Mais disons que le produit le plus emblématique que la société a importé à Maurice aura été le Naco, à la fin des années 50. La meilleure publicité pour ces ouvertures résistantes aux intempéries a été la saison cyclonique.

Il y a ensuite les caisses enregistreuses qui ont fait leur apparition en 1965, d’abord dans la grande distribution, puis dans les fast‐foods. La première innovation technologique majeure que nous avons introduite date de 1974 avec le premier ordinateur – NCR Century 100 – acquis par la Mauritius Commercial Bank (MCB). On peut également mentionner le premier distributeur automatique de billets que nous avons installé à la MCB en 1988, pour la célébration du 150e anniversaire de cette banque. Enfin, nous avons implanté le premier centre de repli du pays en 2008 par le biais de Continuity Mauritius, le joint-­‐venture que nous formons avec Mauritius Telecom et le Sud‐Africain Continuity SA.

Et aujourd’hui, après 62 ans, comment voyez‐vous le positionnement de Birger dans le secteur des télécommunications et de la technologie ?
Birger reste un des leaders dans le hardware en proposant des solutions technologiques adaptées aux différents besoins de ses clients, et ce à Maurice et dans toute la région de l’océan Indien.

Durant les dernières années et à travers des partenariats de choix comme Entrust‐Datacard, IBM, Microsoft, NCR and Symantec, l’entreprise a développé un bon nombre de percées technologiques tant dans le secteur privé que public. Birger a un savoir‐faire qui lui permet de fournir des solutions adaptées à un secteur spécifique et opère ainsi avec les banques, l’industrie de la télécommunication, les centres d’appels et le secteur hôtelier. Nous sommes déterminés à toujours faire de l’innovation technologique notre priorité afin d’être en mesure de répondre aux attentes de nos clients et de mieux anticiper leurs besoins d’avenir, ce qui finalement résultera à créer de la valeur ajoutée à nos services tant pour nos clients.

Après une présence régionale, plus particulièrement dans des îles de l’océan Indien, Birger s’est implantée récemment en Afrique. Estimez‐vous que votre future croissance passera par la région ?
Certainement ! Dès les origines, Isia Birger avait une vision stratégique très claire du développement de l’entreprise qui passait par un rayonnement régional. Ainsi, Blanche Birger, qui existe depuis 1953, s’est implantée à Madagascar deux ans plus tard, et à La Réunion en 1956.

La stratégie de développement régional fait donc partie de notre histoire. Et désormais, nous envisageons de capitaliser sur cet héritage pour consolider notre présence dans l’océan Indien avec la création d’une nouvelle entité qui a vu le jour en mai 2010 : Birger Indian Ocean (BIO).

Cette nouvelle entité a ouvert un bureau aux Seychelles en 2010 et aux Comores l’année ensuite. En 2012, nous avons étendu notre présence à Rodrigues et à Madagascar. Nous voulons répliquer le même modèle en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Est où le potentiel de croissance est relativement fort, soit plus de 6 % à 7 %. Mais aussi en raison de sa stabilité sociale et politique.

Nous avons élaboré un plan d’action et créé une compagnie qui nous accompagnera dans cette partie du monde. D’ores et déjà, Birger est présente au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie et au Rwanda.

Cette présence a coïncidé avec celle, en 2013, de l’assureur Mauritius Union au Kenya, qui a racheté les opérations de Transafrica Holdings qui opère des filiales en Ouganda, en Tanzanie et au Rwanda. Birger étant le partenaire informatique de la MUA à Maurice, cela nous a permis de faire une première percée informatique dans ces pays.

Pour le moment, nous comptons consolider notre présence dans ces pays en attendant que d’autres opportunités s’ouvrent au pôle international de Birger.

Dans quelle mesure les opérations internationales vont‐elles doper le chiffre d’affaires de la compagnie ?
Birger brasse un chiffre d’affaires de Rs 400 millions par an. Jusqu’à tout récemment, le gros de ce chiffre d’affaires était réalisé à Maurice. Nous envisageons qu’à l’avenir nos opérations internationales y contribuent d’une manière significative. Notre objectif est que d’ici juin 2015, un quart de notre chiffre d’affaires viendra de nos activités en Afrique et dans les îles de l’océan Indien et qu’à terme, soit en juin 2017, le pôle international contribue jusqu’à 50 % à notre chiffre d’affaires.

Le budget 2015‐2016 propose la création de huit smart cities et de cinq technopoles, faisant de Maurice un vaste chantier de construction étalé sur plusieurs années. C’est un important chantier qui s’ouvre aux opérateurs technologiques ?
Bien sûr et nous y travaillons déjà pour répondre présent le moment venu quand le projet sera finalisé dans ses moindres détails. Nous avons le savoir‐faire et l’expertise nécessaires pour relever cet immense défi technologique.

Nous ne connaissons pas encore la forme que prendront ces smart cities mais nous basant sur des modèles semblables qui existent dans d’autres pays, nous savons que ces villes dites intelligentes comprendront une grosse composante informatique. Birger et les autres opérateurs se positionnent pour proposer leurs services, quitte à s’associer à d’autres partenaires.

Comment évaluez-vous aujourd’hui le secteur des Tic ?
C’est visiblement un secteur qui a connu de gros développements ces dernières années et bien qu’on ait aujourd’hui un ministère dédié aux Tic où l’innovation technologique occupe une place de choix. Mais il faut insister sur une chose : c’est la nécessité de pouvoir ajouter de la valeur à notre plateforme informatique qui sera un outil crucial demain dans notre démarche d’être le hub au niveau des Tic dans cette partie du monde.

Je crois qu’à l’instar de Luxembourg qui est devenu au fil des années le coffre‐fort financier de l’Europe, Maurice peut être le coffre‐fort informatique de l’Afrique. C’est‐à‐dire qu’on a les infrastructures et la logistique informatique nécessaires pour stocker les données jugées hautement stratégiques et confidentielles à Maurice. Nous avons la plateforme et le cadre légal approprié pour offrir ce service.

Et vos ambitions pour Birger dans le long terme ?
Birger est une société familiale. Nous espérons préserver l’environnement de travail et l’épanouissement des salariés qui ont été à nos côtés pendant ces six décennies.

Notre entreprise a la particularité de compter parmi ses collaborateurs plusieurs générations d’une même famille. Notre objectif est donc de pérenniser ces valeurs de fidélité, puis de passer le témoin à la quatrième génération.


Source : Article paru dans L'express | 5 Mai, 2015.

Menu
Contact Menu